Les menaces qui pèsent sur la vie humaine

Nous entendons concentrer spécialement notre attention sur un autre genre d'attentats, concernant la vie naissante et la vie à ses derniers instants, qui présentent des caractéristiques nouvelles par rapport au passé et qui soulèvent des problèmes d'une particulière gravité : par le fait qu'ils tendent à perdre, dans la conscience collective, leur caractère de "crime" et à prendre paradoxalement celui de "droit", au point que l'on prétend à une véritable et réelle reconnaissance légale de la part de l'Etat et, par suite, à leur mise en oeuvre grâce à l'intervention gratuite des personnels de santé eux-mêmes. Ces attentats frappent la vie humaine dans des situations de très grande précarité, lorsqu'elle est privée de toute capacité de défense. Encore plus grave est le fait qu'ils sont, pour une large part, réalisés précisément à l'intérieur et par l'action de la famille qui, de par sa constitution, est au contraire appelée à être "sanctuaire de la vie" (EV.11).

Comment a-t-on pu en arriver à une telle situation ? Il faut prendre en considération de multiples facteurs. A l'arrière-plan, il y a une crise profonde de la culture... A cela s'ajoutent les difficultés existentielles et relationnelles les plus diverses, accentuées par la réalité d'une société complexe dans laquelle les personnes, les couples et les familles restent souvent seuls face à leurs problèmes. Il existe même des situations critiques de pauvreté, d'angoisse ou d'exacerbation, dans lesquelles l'effort harassant pour survivre, la souffrance à la limite du supportable, les violences subies, spécialement celles qui atteignent les femmes, rendent exigeants, parfois jusqu'à l'héroïsme, les choix en faveur de la défense et de la promotion de la vie (E.V. 11).

Quand on recherche les racines les plus profondes du combat entre "la culture de vie" et la "culture de mort"... il faut arriver au coeur du drame vécu par l'homme contemporain : l'éclipse du sens de Dieu et du sens de l'homme... Ceux qui se laissent gagner par la contagion de cet état d'esprit entrent facilement dans le tourbillon d'un terrible cercle vicieux : en perdant le sens de Dieu, on tend à perdre aussi le sens de l'homme, de sa dignité et de sa vie ; et, à son tour, la violation systématique de la loi morale, spécialement en matière grave de respect de la vie humaine et de sa dignité, produit une sorte d'obscurcissement progressif de la capacité de percevoir la présence vivifiante et salvatrice de Dieu (E.V. 21).

Ce panorama fait d'ombres et de lumières doit nous rendre tous pleinement conscients que nous nous trouvons en face d'un affrontement rude et dramatique entre le mal et le bien, entre la mort et la vie, entre "la culture de mort" et la "culture de vie". Nous nous trouvons non seulement "en face", mais inévitablement "au milieu de ce conflit : nous sommes tous activement impliqués, et nous ne pouvons éluder notre responsabilité de faire un choix inconditionnel en faveur de la vie (E.V. 28).