6. Merci à toi, femme-épouse

"Merci à toi, femme-épouse qui unis d'une façon irrévocable ton destin à celui d'un homme, dans une relation de don réciproque, au service de la communion et de la vie" (n° 2).

En une phrase, Jean-Paul II rassemble des points fondamentaux de la vision chrétienne du mariage :

  • l'indissolubilité marquée par la fidélité. C'est le mystère de l'Alliance : "Tu unis d'une façon irrévocable ton destin à celui d'un homme" ;
  • le don de soi et l'accueil de l'autre
  • au service de la vie : vie du corps dans la fécondité charnelle, vie de l'âme dans la fécondité spirituelle.

Or, dans son bilan de la situation actuelle de la femme dans le monde, le Pape condamne avec vigueur, et sans mâcher ses mots, "les formes de violence sexuelle qui ont pour objet les femmes", "la culture hédoniste et mercantile fort répandue qui prône l'exploitation systématique de la sexualité, poussant même les filles, dès leur plus jeune âge, à tomber dans les circuits de la corruption et à faire de leur corps une marchandise" (n° 5). Il dénonce "une culture de permissivité hédoniste où prospèrent plus facilement des tendances à un machisme agressif !" (n° 5). Non, la femme n'est pas un objet de plaisir que l'homme peut prendre et rejeter à son gré !

Il nous faut ici contempler le mystère de l'union de l'homme et de la femme tel que St Paul nous le décrit dans le chapitre 5 de l'épître aux Ephésiens que Jean-Paul II avait longuement commenté dans sa lettre sur la dignité de la femme : "Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ. Que les femmes le soient à leurs maris comme au Seigneur : en effet, le mari est le chef de sa femme comme le Christ est chef de l'Eglise, lui le Sauveur du Corps ; or l'Eglise se soumet au Christ ; les femmes doivent donc et de la même manière se soumettre en tout à leurs maris. Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Eglise : il s'est livré pour elle... De la même façon, les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps... Voici donc que l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme et les deux ne feront qu'une seule chair : ce mystère est de grande portée ; je veux dire qu'il s'applique au Christ et à l'Eglise" (Eph 5, 21-32).
Ce texte fait partie des lectures habituellement proposées aux fiancés pour la célébration du sacrement de mariage. Il n'est pratiquement jamais choisi par eux car il est malheureusement trop souvent mal compris. Qu'en est-il le plus souvent retenu et interprété ? Que le mari est le "maître et seigneur" qui dispose de sa femme et à qui sa femme doit une soumission servile. Voilà de quoi faire réagir tous les mouvements de libération de la femme !

Or, le texte commence par cette exhortation qu'il serait bon de garder en arrière-fond tout au long de la lecture : "Soyez soumis les uns aux autres". Jean-Paul II rappelle bien que si la femme, à l'origine, est créée pour être l'aide de l'homme -"Je vais faire à l'homme une aide qui lui soit assortie" dit Dieu- "cette aide n'est pas unilatérale, mais réciproque, car l'homme et la femme sont entre eux complémentaires" (n° 7).

Ensuite, il n'est pas dit que le mari est le seigneur dont la femme est l'esclave. La comparaison du mari au Seigneur ne va qu'avec la comparaison de la femme à l'Eglise. Et si la femme, image de l'Eglise, se soumet à son mari, c'est parce que l'homme le premier se soumet à sa femme. En effet, image du Christ, époux de l'Eglise, il est appelé à aimer sa femme comme le Christ a aimé l'Eglise : il a donné sa vie pour elle ! N'est-ce pas là la plus grande marque de soumission que puisse donner l'homme ? N'est-ce pas là l'expression la plus haute de l'amour : don de soi et accueil de l'autre ; don de soi dans l'accueil de l'autre ?

En même temps, cette communion des personnes n'est pas fusion : ils demeurent deux en une seule chair. "C'est cette unité des deux qui permet à chacun de découvrir la relation interpersonnelle et réciproque comme un don, source de richesse et de responsabilité" (n° 8).

Ainsi, l'épouse et l'époux peuvent vivre dans l'union charnelle la pleine dimension de leur sexualité : ce ne sont pas seulement deux corps qui s'unissent, mais deux personnes qui se rencontrent en se donnant et en s'accueillant mutuellement, totalement, sans réserve. Et c'est ainsi que toute relation conjugale vraie porte du fruit, et un fruit qui demeure en vie éternelle : car l'amour ne disparaîtra jamais.

Oui, proclamons avec l'enthousiasme de St Paul : c'est un grand mystère que celui de l'union de l'homme et de la femme ! Merveille admirable et digne d'un profond respect ! Puissions-nous, chacun selon notre vocation propre, en être les témoins.